Constitution : Oui, franchement oui !
Pouvons-nous voter « oui » au traité établissant une Constitution pour lUnion européenne avec enthousiasme ? Oui, pas seulement pour éviter une crise, pas seulement par fidélité à un héritage socialiste pro-européen mais avec la conviction que ce texte constitue un véritable progrès.
Après une lecture attentive, nous sommes convaincus que ce traité constitutionnel engendre des avancées dont on ne peut décemment se priver et des leviers daction pour mener de véritables politiques de gauche.
Le texte précise que lobjectif de lUnion est duvrer pour le développement de lEurope fondé sur une économie sociale de marché, « hautement compétitive », « qui tend au plein emploi et au progrès social et à un niveau élevé de protection et damélioration de la qualité de lenvironnement ». Il constitutionnalise la volonté de combattre lexclusion sociale et les discriminations, de promouvoir la justice et la protection sociale, légalité des genres, la solidarité entre les générations et la protection des droits de lenfant ainsi que la cohésion économique, sociale et territoriale et le respect de la diversité culturelle. Notre propre constitution ne va pas aussi loin ! Oui ce texte allie efficacité économique et progrès social, comme les socialistes tentent de le faire au niveau national. Mais pour la première fois dans un texte européen, le premier objectif est contre-balancé par le second : faut-il s'en plaindre ? Nous nous en réjouissons !
Certes, le passage du vote à lunanimité à celui à la majorité qualifiée ne concerne pas deux sujets importants : harmonisation fiscale et le budget. Mais lextension du champ du vote à la majorité qualifiée vise des domaines essentiels pour le progrès social : la sécurité sociale des travailleurs migrants, les principes et conditions de fonctionnement des services publics, le soutien à la culture et aux activités bénévoles. Faudrait-il s'en priver ?
De plus, grâce aux possibilités ouvertes ces manques ne sont pas une fatalité ! Ainsi, la clause passerelle permet, pour les dispositions sur les politiques de lUnion, de faire passer à la majorité qualifiée tel ou tel domaine, sur décision du Conseil européen à lunanimité. Dautre part, les socialistes peuvent uvrer pour que la France mène des négociations avec huit autres Etats membres pour bâtir des coopérations renforcées.
En matière de compétences, un rééquilibrage entre marché et social est aussi amorcé, en particulier dans la défense des services publics. Larticle III.6 met fin au statut purement dérogatoire par rapport au marché des services dintérêt général, en obligeant la Commission à légiférer pour que ces services « puissent fonctionner sur la base de principes et dans des conditions, notamment économiques et financières, qui leur permettent daccomplir leurs missions ». Tout ceci dans le respect des prérogatives des Etats et des collectivités locales.
Par ailleurs, la Charte des Droits Fondamentaux assimile les droits économiques et sociaux à des droits fondamentaux, première dans un texte international ! Un contrôle externe de lapplication de ces droits pourra désormais avoir lieu, en particulier par la Cour européenne des droits de lHomme, à laquelle tout citoyen européen peut sadresser directement. Veut-on se priver de ça aussi ?
Dans le domaine économique, le renforcement de lEurogroupe va permettre détablir un gouvernement économique et une véritable stratégie de politique économique dans la zone euro. Dans celui de la JAI, la facilitation de la prise de décision est quasi totale. En matière de politique étrangère et de sécurité commune et de défense, il sera plus aisé de réagir rapidement et de concert lors dune crise internationale. Le tout sera couronné dun pouvoir de décision et dinitiative élargi du Parlement européen.
Enfin, le texte rapproche réellement lUnion européenne des citoyens. Dabord il simplifie la terminologie et les procédures législatives : on parlera de « loi » et non plus de « décisions, règlements ou recommandations ». Ensuite, il implique les citoyens en associant davantage les parlements nationaux, en renforçant le principe de subsidiarité, en intégrant la Charte des droits fondamentaux et en favorisant la démocratie participative et le dialogue social. Il démocratise lUnion, dabord en interne, avec la simplification du vote à la majorité qualifiée, approfondissement essentiel pour fonctionner dans une Europe à 25. Et les trois grands pays ne pourront plus bloquer une initiative menée par les petits. En externe, la démocratisation se fera par lélargissement des pouvoirs du Parlement et en offrant un pouvoir direct aux citoyens : une pétition signée par 1 million dentre eux pourra demander à la Commission de soumettre des propositions législatives, ce qui peut favoriser lémergence dune opinion publique européenne.
Dans tous ces domaines, le texte donne des outils, cest de la volonté des majorités politiques que dépendra le changement de cap.
Si le « non » lemportait en France, comment pourrions nous nous réjouir alors que tous nos camarades du PSE sont pour le « oui » ? Nous ne partageons pas les arguments alarmistes sur les risques d'une crise européenne: si le texte était profondément mauvais, cette crise serait nécessaire pour éviter d'adopter un texte constituant une régression. Nous avons au contraire la conviction que ce texte constitue un progrès, non seulement pour toutes les raisons que nous venons d'évoquer, mais aussi parce qu'il permet aujourd'hui aux socialistes et aux socio-democrates de politiser le débat sur l'avenir de l'Union et de ses citoyens face à une droite toujours plus dure. Et de ce débat-là, les socialistes français doivent être partie prenante !
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