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Vendredi 27 mai 2005 5 27 /05 /Mai /2005 00:00

Constitution : Oui, franchement oui !

 

Pouvons-nous voter « oui » au traité établissant une Constitution pour l’Union européenne avec enthousiasme ? Oui, pas seulement pour éviter une crise, pas seulement par fidélité à un héritage socialiste pro-européen mais avec la conviction que ce texte constitue un véritable progrès.

 

Après une lecture attentive, nous sommes convaincus que ce traité constitutionnel engendre des avancées dont on ne peut décemment se priver et des leviers d’action pour mener de véritables politiques de gauche.

 

Le texte précise que l’objectif de l’Union est d’œuvrer pour le développement de l’Europe fondé sur une économie sociale de marché, « hautement compétitive », « qui tend au plein emploi et au progrès social et à un niveau élevé de protection et d’amélioration de la qualité de l’environnement ». Il constitutionnalise la volonté de combattre l’exclusion sociale et les discriminations, de promouvoir la justice et la protection sociale, l’égalité des genres, la solidarité entre les générations et la protection des droits de l’enfant ainsi que la cohésion économique, sociale et territoriale et le respect de la diversité culturelle. Notre propre constitution ne va pas aussi loin ! Oui ce texte allie efficacité économique et progrès social, comme les socialistes tentent de le faire au niveau national. Mais pour la première fois dans un texte européen, le premier objectif est contre-balancé par le second : faut-il s'en plaindre ? Nous nous en réjouissons !

 

Certes, le passage du vote à l’unanimité à celui à la majorité qualifiée ne concerne pas deux sujets importants : harmonisation fiscale et le budget. Mais l’extension du champ du vote à la majorité qualifiée vise des domaines essentiels pour le progrès social : la sécurité sociale des travailleurs migrants, les principes et conditions de fonctionnement des services publics, le soutien à la culture et aux activités bénévoles. Faudrait-il s'en priver ?

 

De plus, grâce aux possibilités ouvertes ces manques ne sont pas une fatalité ! Ainsi, la  clause passerelle  permet, pour les dispositions sur les politiques de l’Union, de faire passer à la majorité qualifiée tel ou tel domaine, sur décision du Conseil européen à l’unanimité. D’autre part, les socialistes peuvent œuvrer pour que la France mène des négociations avec huit autres Etats membres pour bâtir des coopérations renforcées.

 

En matière de compétences, un rééquilibrage entre marché et social est aussi amorcé, en particulier dans la défense des services publics. L’article III.6 met fin au statut purement dérogatoire par rapport au marché des services d’intérêt général, en obligeant la Commission à légiférer pour que ces services « puissent fonctionner sur la base de principes et dans des conditions, notamment économiques et financières, qui leur permettent d’accomplir leurs missions ». Tout ceci dans le respect des prérogatives des Etats et des collectivités locales.

 

Par ailleurs, la Charte des Droits Fondamentaux assimile les droits économiques et sociaux à des droits fondamentaux, première dans un texte international ! Un contrôle externe de l’application de ces droits pourra désormais avoir lieu, en particulier par la Cour européenne des droits de l’Homme, à laquelle tout citoyen européen peut s’adresser directement. Veut-on se priver de ça aussi ?

 

Dans le domaine économique, le renforcement de l’Eurogroupe va permettre d’établir un gouvernement économique et une véritable stratégie de politique économique dans la zone euro. Dans celui de la JAI, la facilitation de la prise de décision est quasi totale. En matière de politique étrangère et de sécurité commune et de défense, il sera plus aisé de réagir rapidement et de concert lors d’une crise internationale. Le tout sera couronné d’un pouvoir de décision et d’initiative élargi du Parlement européen.

 

Enfin, le texte rapproche réellement l’Union européenne des citoyens. D’abord il simplifie la terminologie et les procédures législatives : on parlera de « loi » et non plus de « décisions, règlements ou recommandations ». Ensuite, il implique les citoyens en associant davantage les parlements nationaux, en renforçant le principe de subsidiarité, en intégrant la Charte des droits fondamentaux et en favorisant la démocratie participative et le dialogue social. Il démocratise l’Union, d’abord en interne, avec la simplification du vote à la majorité qualifiée, approfondissement essentiel pour fonctionner dans une Europe à 25. Et les trois grands pays ne pourront plus bloquer une initiative menée par les petits. En externe, la démocratisation se fera par l’élargissement des pouvoirs du Parlement et en offrant un pouvoir direct aux citoyens : une pétition signée par 1 million d’entre eux pourra demander à la Commission de soumettre des propositions législatives, ce qui peut favoriser l’émergence d’une opinion publique européenne.

 

Dans tous ces domaines, le texte donne des outils, c’est de la volonté des majorités politiques que dépendra le changement de cap.

 

Si le « non » l’emportait en France, comment pourrions nous nous réjouir alors que tous nos camarades du PSE sont pour le « oui » ? Nous ne partageons pas les arguments alarmistes sur les risques d'une crise européenne: si le texte était profondément mauvais, cette crise serait nécessaire pour éviter d'adopter un texte constituant une régression. Nous avons au contraire la conviction que ce texte constitue un progrès, non seulement pour toutes les raisons que nous venons d'évoquer, mais aussi parce qu'il permet aujourd'hui aux socialistes et aux socio-democrates de politiser le débat sur l'avenir de l'Union et de ses citoyens face à une droite toujours plus dure. Et de ce débat-là, les socialistes français doivent être partie prenante !

Par Tolédano - Publié dans : demos
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Vendredi 27 mai 2005 5 27 /05 /Mai /2005 00:00

   Voici la contribution de Dèmos, un tout jeune think tank basé en France et résolument européiste, au OUI,à deux jours de la votation du 29 mai:

Faites circuler ce texte et surtout,lisez-le:

Quelles sont les différences majeures entre le traité de Nice et la constitution?

Ces textes sont de natures différentes. Nice a été un traité minimaliste,indispensable à l'élargissement de l'Union Européenne. Le traité d'Amsterdam avait échoué,laissant cependant quelques reliquats:combien de commissaires?Suelle répartition des voix au Conseil des ministres? Quels sujets adoptés à la majorité qualifiée? Combien de députés européens par pays?

Nice y répondit et permit de réaliser l'élargissement,mais pas de le réussir.Nice est pragmatique,la Constitution est fondamentale,elle remet à plat la mécanique institutionnelle de l'Union et apporte d'autres choses,notamment la Charte des droits fondamentaux et,en politique extérieure,le ministre des Affaires étrangères.

Certes,les quatre sujets de Nice nourrissent toujours la polémique mais c'est parce qu'ils sont les plus sensibles:on touche aux intérêts nationaux.Cela explique que la CIG a échoué et qu'il a fallu la Convention,avec tout son pluralisme,pour aller de l'avant.

De grands progrès (contrairement à ce que l'on dit) sur la majorité qualifiée puisque Nice n'en avait quasiment pas parlé: on passe à 27 thèmes concernés,notamment la JAI ou la PAC. Mais il faut maintenant aller plus loin,avec les questions  sociales.

Impossible sans réviser la Constitution à l'unanimité…

Certes, c'est impossible si l'on en révise pas la Constitution à l'unanimité,mais, si par le non devait prévaloir, il faudra également l'unanimité pour traiter le social. Simplifier la révision sera néanmoins l'autre atelier du prochain traité.
Nice avait vu une grosse concession française: le décrochage d'avec les Allemands, qui auront à terme 99 députés et la France, 72. La Constitution, pour sa part, décuple les pouvoirs du Parlement européen: il avait la codécision, il sera désormais colégislateur, avec le Conseil, dans 95% des cas environ. Et le président de la Commission sera issu de la coalition qui a gagné les élections européennes: hier un simple forum environné de lobbys, le Parlement sera en 2009 un vrai Congrès, au cœur de l'espace politique européen.


Le découplage franco-allemand est-il irrémédiable?

Il faudra revenir sur le découplage franco-allemand. Avec les élargissements prévus, le poids relatif de la France devrait croître au Parlement.…
 Le Parlement européen, plus fort, fera mieux entendre la voix du peuple européen et fera contrepoids à la Commission et au Conseil. Deux exemples récents: un rapport parlementaire propose de supprimer la clause du pays d'origine dans la directive Bolkestein, acceptée par la Commission et le Conseil; le Parlement s'est opposé à la Commission en refusant à ce que les Britanniques puissent travailler plus de 48 heures. Pour brider la technocratie supranationale, le système parlementaire proposé est le bon.
La Commission n'est pas un organe intergouvernemental, elle est l'intérêt général européen; c'est le Conseil des ministres qui représente les nations. Dès Nice, on a pensé à réduire le nombre de commissaires, aux fins de plus d'efficacité. Il n'y a pas 30 métiers à la Commission,nous le reconnaissons. La preuve en est la paralysie par l'unanimité,  et l'inefficacité à l'image du collège  de commissaires dirigée patM.Barroso.
La France doit pouvoir exiger un commissaire. Avant Nice, il y avait deux commissaires pour les «grands» et un pour les «petits». Il faudra que soit institué une rotation sur 12 postes pour les pays "petits" et un commissaire garanti pour la France, l'Allemagne, l'Espagne, le Royaume-Uni, l'Italie et la Pologne.


Les partisans du oui ne cessent de dire que le poids de la France en pondération des voix bondit: calculs d'apothicaire, non?

Le progrès de la France en pondération des voix est un progrès majeur.A Nice, Jacques Chirac exigea de garder l'égalité des voix entre la France et l'Allemagne, contre Lionel Jospin, Hubert Védrine et Barnier.  Dans la chaleur des conciliabules du Traité de nice, on devait instaurer la double majorité - nombre d'Etats, nombre d'habitants - alors que Chirac restait sur l'idée d'une pondération purement politique. Ce succès, facial, a abaissé l'Allemagne et la France au profit des moyens et petits Etats. France: 29 voix pour 60 millions d'habitants. Allemagne: 29 pour 80. Espagne: 27 pour 40. Pologne: idem. Luxembourg: 4 voix pour 400 000 habitants. 18% des voix pour le couple franco-allemand, loin de la minorité de blocage.
Or nous ne sommes pas en compétition avec l'Allemagne, nous sommes des alliés perpétuels. La Constitution porte à 31% des voix le couple franco-allemand, avec une minorité de blocage facile d'accès, à 35%. Les six pays fondateurs passent de 36% à 50%, et les nouveaux entrants, suspects de libéralisme et d'atlantisme, reculent de 26% à 16%. Seule ou avec les pays attachés au modèle social, la France pèsera plus. Les souverainistes devraient se poser des questions.


 

C'est oui ou le chaos(Jacques Delors).
Avec le non, il y a tabula rasa.Certes,Nice reste et l'on reprendra un jour des négociations.Mais quand?
La rythmie de la construction européeenne,va-t'on reproduire la longue décennie de stagnation d'Europe(1973-1984)?
Le vote NON aboutira à moins de poids pour la France, au désossage du social dans la Constitution et au refus britannique d'y laisser - grande concession de Tony Blair - la Charte des droits fondamentaux, aujourd'hui juridiquement contraignante. De plus, répétons-le, on perdra beaucoup de temps: peut-on gâcher cinq ou dix ans face aux Etats-Unis et à la Chine? L'Europe a été une ambition française: y aura-t-il un passif cfrançaise? En cas de non, la tentation de faire sans la France, ou contre la France, sera immense en Europe. Nous ne ne voyons guère en quoi cette crise pourrait être salutaire.


Pourrait-on revoter?

Le Danemark et l'Irlande l'ont fait, avec une carotte - quelques avantages - et  un bâton - l'Europe continue sans eux. Nous ne voyons pas de carotte dans une Constitution, et encore moins les Français se plier à un bâton…

Le couple franco-allemand:

Cela a été dramatique entre 1997 et 2002. Depuis lors , Jacques Chirac et Gerhard Schröder ont développé une sorte d' «égoïsme à deux»: ils vivent en couple, mais souvent sans l'Union européenne, comme avec l'affaire d'lIrak, ou contre l'Union européenne, comme avec le pacte de stabilité. Il faudra faire mieux,cela ne fait aucun doute


 

"Sur les quatre thèmes de Nice, il y a un saut qualitatif politique et démocratique".

Dèmos

Par Tolédano - Publié dans : demos
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